AVANT LA FIN DE L’ETE

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Un road-movie de Maryam Goormaghtigh
Scénario et image : Maryam Goormaghtigh 
Production : Intermezzo Films, 4 A 4 Productions
Coproduction : RTS Radio Télévision Suisse, Sunny Indepedent Pictures, Salvajes Productions
Assistante réalisation : Valérianne Poidevin
Montage : Gwénola Héaulme
Monteur son : Olivier Touche
Musique : Marc Siffert
Etalonnage : Isabelle Julien
Mixage : Dominique Gaborieau
Avec Arash, Hossein et Ahskan

France, Suisse, 2017, 80′
DCP 2k (1:1,85)
Son : 5.1
Sortie romande : 01.11.2017
Sortie alémanique :  11.01.2018
Numéro SUISA : 1012.256

SYNOPSIS
Arash, Hossein et Ashkan, trois amis iraniens, sillonnent le Sud de la France dans un Renault Espace pour trouver une fiancée à l’un d’entre eux, et lui donner ainsi une bonne raison de ne pas rentrer au pays. De temps en temps, ils s’allongent dans l’herbe, discutent de tout et de rien. D’amour, d’amitié, de liberté, de ce service militaire qui gâchent la vie des Iraniens, qui a conduit Arash, pour y échapper, à devenir volontairement obèse, et le charmeur du trio à s’exiler en France. Au cours de leur périple, ils prennent en stop d’irrésistibles rockeuses en micro-tournée…

Entrechats persans sur les routes de France.
Ce road-movie en forme de comédie sentimentale jette sur les routes de France un trio de trentenaires iraniens tendance pieds nickelés, exilés en France depuis quelques années, dont l’un a décidé de rentrer au pays et que ses deux amis veulent convaincre de rester. Ce faisant, le film accueille avec une même générosité des plages de dialogues philosophiques et un burlesque pince-sans-rire, des séquences contemplatives teintées d’un onirisme pop avec une violente mélancolie de l’exil. Le déplacement ­salutaire qu’il opère par rapport aux habituelles fictions tournées en région, conduit à se demander si quelqu’un n’a pas glissé un subtil hallucinogène dans le verre qu’on sirotait en terrasse plus tôt.

« On est au cœur de la France profonde, là. C’est pas mal en fait… », dit l’un d’eux. De fait, on n’a guère le souvenir d’avoir vu route française si mystérieuse et sensuelle. Maryam Goormaghtigh filme la campagne, les villes désertées, les ronds-points sans âme comme des miniatures persanes, les exotisant par des jeux de lumière et de couleurs féeriques. Les dialogues des trois compères qui ont fui les diktats des mollahs et luttent pour une vie acceptable dans la froideur libérale de la société française n’en sont que plus drôles. « Ce qui va le plus me manquer, dit Arash au début du film, c’est d’acheter de l’alcool chez Carrefour. »

Dans la voiture, ça parle. D’amour, d’amitié, de liberté, de ce service militaire qui pourrit la vie des Iraniens, qui a conduit Arash, pour y échapper, à devenir volontairement obèse, et le beau gosse du trio à s’exiler en France. Il faut trouver une amoureuse à Arash, il n’y a que cela qui pourrait le convaincre de rester. On s’arrête dans un village pour admirer une parade de rue, deviser de l’esthétique du char T’choupi et Doudou. On plante une tente dans un camping, on fait la sieste, on se passe de la crème dans le dos. On drague des filles dans un relais autoroutier, on improvise pour les séduire une performance sur l’évolution de la mode du port du voile en Iran, on débriefe les échecs, on refait la sieste. Et voilà qu’au détour d’un rêve, les ocres chauds des montagnes iraniennes engloutissent la grisaille de la campagne française. Quelque part entre le primitivisme d’Albert Serra, le burlesque minimaliste de Wissam Charraf et la « bromance » à la Judd Apatow, la réalisatrice déploie souverainement sa vision, tendrement hédoniste et sensuellement rageuse. Et nous, on en redemande.

Isabelle Regnier, Le Monde