Coup de «Foudre» dans le cinéma suisse
Le premier long métrage de la Genevoise impressionne par sa rigueur. Rencontre avec une cinéaste plus que prometteuse. Par Pascal Gavillet, Tribune de Genève
Été 1900, dans une vallée du sud de la Suisse. Elisabeth a dix-sept ans et s’apprête à faire ses vœux quand le décès brutal de sa sœur aînée l’oblige à retrouver sa famille et la vie de labeur qu’elle avait quitté cinq ans plus tôt pour entrer au couvent. Elisabeth n’est plus une enfant et les mystères entourant la mort de sa sœur vont la pousser à lutter pour son droit à l’expérience.
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« Le désir ne s’apprivoise pas. Ne se réprime pas non plus. Il s’éprouve au réel, et c’est une libération et une joie. C’est ce que Foudre, premier film sensationnel de la cinéaste genevoise Carmen Jaquier, nous apprend sans donner de leçon à personne. Écoute qui voudra. Regarde simplement les images et tais-toi. Les images : celles du Valais à l’aube du siècle passé, filmé comme si Giovanni Segantini avait tenu une caméra dans ses mains. Celles d’une jeune femme sortie du couvent à la mort de sa sœur aînée, qui à l’encontre de tous les interdits découvre son corps, celui des autres et aime ça. Le film épouse viscéralement son désir de connaître. De vivre sa vie. Désir qu’on lui nie à chaque instant. On : les parents, la communauté villageoise, l’Église. Désir que lui reconnaît la cinéaste. Désir qu’il faut conquérir au fond des bois, au sommet des plus hautes prairies, sur les cimes des montagnes où le végétal cède la place au minéral. Dans les territoires que la civilisation et ses normes n’ont pas encore envahis. Car le désir, c’est sauvage. Autant qu’un premier film.. »
Cinéfile
« Foudre est un film de territoire. Il y a d’abord le territoire géographique, avec en son centre la verticalité de la montagne, et parfois une approche qui évoque le western, et ensuite le territoire des corps et du désir. Jouant parfaitement sur le visible et l’invisible, les injonctions sociales et les sentiments souterrains, Carmen Jaquier livre un premier long métrage d’une grande force qui part du Valais de 1900 pour tendre vers une universalité de propos, ce qu’elle a pu constater avec des spectatrices et spectateurs qui, de Toronto à Marrakech en passant par Busan, sont venus lui dire à quel point cette histoire résonnait en eux. »
Stéphane Gobbo, Le Temps
« C’est un film inédit et nécessaire que propose la cinéaste, sans oublier, constante à notre sens essentielle de toute démarche artistique, de porter un vrai regard sur son sujet, et même de faire preuve d’ambition, dans une quête dont l‘exigence se mue en radicalité. On ne voit pas toutes les semaines des premiers films aussi enthousiasmants. Par sa direction d’acteurs, son esthétique, sa richesse thématique, son intimisme et sa relecture de l’histoire suisse, «Foudre» fait la preuve d’audace. Il tranche dans le vif tout en restant en conformité avec un genre, le drame historique, générateur de films souvent ampoulés. Tout ce que ce métrage n’est pas. On adhère. »
Pascal Gavillet, Tribune de Genève
« Ce film est un témoignage du passé, mais qui fait écho avec une thématique actuelle, par son évocation courageuse de l’émancipation d’une jeune femme au début du 20e siècle. Nous avons voulu saluer la naissance d’une nouvelle réalisatrice qui cultive merveilleusement le sens du mystère et se pose en porteuse d’espoir pour les générations futures. Notre jury est fier de décerner le Prix Opera Prima de la 58es édition des Journées de Soleure à Carmen Jaquier. »
Prix Opera Prima Soleure 2023
« Exploration incandescente et sensorielle de la liberté, Foudre est autant un bucher de sorcière qu’un feu de joie. »
Le Polyester
Avec Lilith Grasmug, Mermoz Melchior, Benjamin Python, Noah Watzlawick, Sabine Timoteo et François Revaclier
Scénario Carmen Jaquier Image Marine Atlan Son Carlos Ibañez Diaz, Raphaël Sohier, Matthieu Fichet et Denis Séchaud Montage Xavier Sirven Musique Nicolas Rabaeus Production Close Up Films
Le premier long métrage de la Genevoise impressionne par sa rigueur. Rencontre avec une cinéaste plus que prometteuse. Par Pascal Gavillet, Tribune de Genève