«Avec L’engloutie, présenté à la Quinzaine des cinéastes à Cannes, Louise Hémon, formée au documentaire, signe un premier long-métrage de fiction magnifiquement porté par Galatéa Bellugi, habitée par cette femme autonome, insoumise, figure à la fois énigmatique et mystique.
En confrontant deux mondes, deux systèmes de pensée, Louise Hémon propose un film étrange, mystérieux, original, intrigant, dont la narration emprunte les codes du western, un genre qu’elle adore. «L’engloutie» est par ailleurs situé dans des lieux qu’elle connaît très bien, en ayant l’habitude de les fréquenter depuis toute petite. Elle n’a pas non plus eu trop de problèmes à bâtir un scénario, comme elle le précisera à l’issue de la projection. Non seulement la famille de sa mère compte une lignée d’enseignantes envoyées dans des villages perdus, mais elle a pu s’appuyer sur une nouvelle écrite par son grand-père et un article publié par son arrière-grand-tante, elle-même institutrice de montagne. »
Edmée Cuttat, Un film original, mystérieux, sensuel, intrigant, Tribune de Genève / 24 Heures
« L'intelligence de la mise en scène d'Hémon vient de ce que ce renversement n'a rien d'une révélation, il opère à un niveau plus inquiétant, presque surnaturel, sans jamais céder aux facilités du fantastique. La nature environnante se teinte de mystère — les grottes abritent des amours clandestines de deux garçons, les avalanches engloutissent les amants d'Aimée — au fur et à mesure que la jeune femme cède au vertige sensuel de cette vie suspendue. Alors le sens se dérobe, le langage dérape, et celle qui arrivait parée de vertus de la raison se tient désormais envoûtée par le trouble, transformée en créature dangereuse. C'est ce vertige qu'épouse la mise en scène, sans chercher à expliquer, simplement en se tenant, comme son personnage, au bord de l'effondrement. »
Alice Leroy, Histoire d'un vertige, Les Cahiers du Cinéma
« La magnifique photographie de Marine Atlan (Foudre) sublime le visage et le regard de Galatéa Bellugi (Chien de la casse), formidable actrice. Elle est le cœur battant d’un film à la rude beauté. »
Yannick Vely, Paris-Match
« Ça commence grumeleux, avancée pénible dans la neige un soir de tempête. Le moins qu’on puisse dire est que Louise Hémon sait planter un décor : flanc neigeux et abrupts, silhouettes noires se découpant sur la neige grisée par l’obscurité. N’était le blizzard hivernal, on se sentirait au creux d’une conque. Mais nous sommes dans le hameau de Soudain, drôle de nom de conte de fées, où au tournant du siècle dernier arrive une hussarde de la République bien décidée à civiliser les autochtones.
Eclairée à la lumière naturelle, crépitant du craquement des troncs d’arbre et des braises dans l’âtre, l’Engloutie, premier long métrage de fiction de Louise Hémon, fait d’abord l’effet d’une chronique naturaliste remarquable, qui prend son temps pour mettre en regard la jeune institutrice nommée Aimée avec les enfants dont elle a la charge, et la petite communauté où ils grandissent, encore travaillée par la superstition.
Dans la famille de la cinéaste, plusieurs générations d’institutrices ont été envoyées, pour leur premier poste, dans les confins reculés des Alpes, et Louise Hémon a choisi son camp : celui de fixer les histoires pour de bon. Elle s’est inspirée de leurs récits, notamment pour certaines scènes marquantes, plan fixe sur de jeunes hommes s’attardant au soleil allongés sur un rocher qu’Aimée contemple de loin avec un brin de convoitise, villageois clouant un cercueil sur le toit d’une chaumière en attendant le dégel. »
Elisabeth Franck-Dumas, Libération
« L’obscurité est l’une des choses les plus difficiles à obtenir au cinéma, et le noir une couleur presque impossible à rendre dans toute son épaisseur. C’est pourtant dans d’épaisses ténèbres que commence L’Engloutie, une nuit d’hiver et d’encre dont émergent d’abord les points chauds de lanternes, puis quelques silhouettes fragiles qui s’avancent vers la caméra, sous le patronage d’arbres fantomatiques. Dans les chaumières, les visages n’émergeront qu’à la flamme de l’âtre, pour retourner aussitôt à l’ombre.
Présenté à la Quinzaine des cinéastes, le premier long-métrage de Louise Hémon – repérée pour ses documentaires et comme metteuse en scène de théâtre – annonce d’emblée la couleur : voici un film qui rôdera tout du long à la lisière du visible et de l’invisible, et dont chaque image devra s’arracher aux puissances de la nuit. »
Mathieu Macheret, subtil et pulsionnel Le Monde
« Un chef-d'œuvre. »
Emily Barnett, Marie-Claire
« La nature, hospitalière et vengeresse, débordante de vie et pourvoyeuse de mort, sublime et effrayante, devient le miroir de ces êtres qui s’attirent et se découvrent, fusionnent et disparaissent. La fable vénéneuse se gardera bien de résoudre tout ses mystères, parce que certaines de ses cavités ne sont jamais exposées à la lumière. L’Engloutie, dans son chant des profondeurs, dévoilera cependant des mélodies hypnotiques sur l’étendue de ces territoires trop vastes pour que l’homme puisse prétendre les conquérir. »
Sergent Pepper, Fable magnétique où la nature, le désir et les angles morts de l’Histoire reprennent leurs droits : aussi envoûtant qu’insaisissable, Benzine